Photo de groupe de l'équipe devant le stand Pika

Bosser dans le manga : un petit tour rapide chez PIKA

Et oui, il ne faut pas confondre passion et travail. Prenons un exemple concret : Pika Edition.

Passons vite les faits qu’une recherche Google© donne en 0,74 seconde : Crée en 2000 après la liquidation de Média Système Edition (Player One, Nintendo Player…), racheté par Hachette en 2007.
On m’a souvent dit, à l’époque où j’y travaillais « t’as trop de chance de travailler dans le manga, ça doit être trop cool, lire des manga à longueur de journée »
La vérité est bien différente : c’est avant tout une maison d’édition, une entreprise.

Et comme dans toute entreprise, il y a du travail, des employés, une équipe.

Voici d’ailleurs l’équipe en 2008 lors de la visite de Tôru Fujisawa, l’auteur de GTO.

Photo de groupe de l'équipe devant le stand Pika
la Dream Team (easter egg : l’auteur de cet article est sur cette photo 🙂

Le manga a connu un pic énorme de popularité, qui n’est pas encore tout à fait retombé. Pika a été l’un des premiers éditeurs français à publier les mangas dans le sens de lecture original.

C’est-à-dire de droite à gauche pour ceux qui ne suivent pas.

Explication de comment lire un manga

Et oui, avant les planches étaient retournée, façon miroir, et on lisait de droite à gauche. Ca pouvait donner des bizarreries, vous imaginez bien. Mais le public n’était pas près.

Différence entre version dans le sens original et la version "retournée"
Différence entre version dans le sens original et la version « retournée »

D’ailleurs, pendant longtemps chez Pika, on mettait en page en sens « français » pour ne pas embrouiller les imprimeurs, ce qui fait que vos premières pages de document étaient les dernières.
Maintenant, la production de manga est telle que tous les imprimeurs qui en font régulièrement savent parfaitement comment ça marche.

Petit à petit, Pika a grandi, créant de nouveaux postes à mesure que sa notoriété et sa production augmentait.

À quoi ça ressemble une maison d’édition de manga?

En gros, comme la plupart des maisons d’édition en fait, ça fonctionne comme ça :

  • Les décideurs (Patron, Secrétaire général…) qui pilotent l’ensemble au niveau stratégie et budget.
  • Un service édito, qui en l’occurrence gère les traducteurs, les retoucheurs, réécrit, traque les fautes, s’assurent que le fond du produit est bon.
  • Un service Fab’, qui gère la forme du produit : PAO, s’assurer que les maquettes sont techniquement bonnes, gèrent les imprimeurs, la qualité, le suivi de livraison… Mais aussi les recherches de nouveau type de produit, goodies etc.
  • Un responsable réseau/site internet.
  • Un responsable commercial, qui va gérer les centrales d’achats, les réunions avec les diffuseurs, suivre les chiffres de ventes, les stocks, faire des prévisions.
  • Une responsable marketing, qui va gérer (tadaaaaaa) les produits marketing
  • Une responsable communication/presse qui va gérer l’évènementiel et les relations avec la presse.

C’est ce qu’il faut pour faire des livres.

Tout autre maison d’édition fonctionne sur ce genre de squelette. En fonction de la taille de cette dernière, une seule personne occuper plusieurs des postes ci-dessus. Dans un moyenne ou grande entreprise, on peut trouver des postes de comptable, de direction des services informatique etc.

Alors, est-ce que c’est trop cool de bosser dans le manga ?

Et bien… C’est du travail. Beaucoup, beaucoup de travail : les Japonais ne rigolent pas en affaire, mais alors pas du tout.

Un manga que vous allez lire en 15 minutes, tous ces gens ont bossé dessus un sacré paquet de temps, je peux vous le dire.

Déjà il faut avoir la licence, pour ça on traque, on cherche, on fait des paris sur ce qui va marcher.
Il y a des exemples de titres qui font partie des meilleures ventes au Japon qui marchent tellement mal en France que la production est arrêtée (7 seeds). Il y a en d’autre qui sont excellent mais tellement emprunt de la culture et de l’histoire japonaise que même les plus grands fans français sont perdus dans les références et n’y comprennent rien -sans parler des éventuels jeux de mots qui font la saveur du titre original- (Sayonara monsieur Désespoir). Et pour les licences les plus prestigieuse… Il faut « se battre » avec les autres éditeurs, chacun essaie d’avoir le prochain titre phare dans son catalogue
Acheter une licence, c’est prendre des risques.

Ensuite, il faut traduire, récupérer le matériel (les images) réécrire les traductions, vérifier les références, traquer les fautes… Le long et fastidieux travail de l’édito, qui liront et reliront des dizaines de fois les mêmes bulles, se demanderont si une autre phrase ne serait pas plus claire. Qui se battent pour placer des périphrase dans des bulles toutes petites, car en japonais, une idée parfois complexe pour un européen peut être exprimée par un ou deux « caractères »
En parallèle, il faut tout mettre en page, redessiner certaines onomatopées.
Comment ça « ? ». Quoi, vous croyez qu’en japonais, ce sont des « BOUM » ou des « Splash » ? Nenni, mes amis !
Voici un exemple d’onomatopée redessinée :

Ici sur la version de Pika :

Ici, sur une version américaine l’ono japonaise est conservée :

(en regardant attentivement l’image montrant l’inversion des planches, plus haut, vous pourrez voir d’autres exemples)

Donc oui, il y a des « retoucheurs » qui effacent les onomatopées japonaises, redessinent ce qu’il y a en dessous et mettent des onos françaises. On trouve cependant de plus en plus d’onomatopée « sous-titrées » où l’ono japonaise est conservée, avec à coté, son équivalent français.

Ensuite, il y a la gestion de la couv, est-ce qu’on garde la même, est-ce qu’on change ? Les fichiers japonais ne suivent pas les mêmes codes techniques qu’en Europe, leurs imprimeurs n’utilisent pas les mêmes encres, donc il y a un gros travail à faire sur la couleur. Les éditeurs japonais et les auteurs sont très exigeants sur la qualité de l’impression. Et pour chaque publication, la jaquette, la couverture et la page de copyright doivent être validées par eux. C’est un processus qui peut être long et fastidieux (anecdote : il nous a fallu une fois presque 4 jours d’aller/retour de mail pour placer correctement quelques pétales de fleur sur une couverture : le format japonais et français étant différent, ils était impossible de les placer exactement comme sur la version originale)
De plus, si une couverture est vendeuse au Japon, elle peut ne pas l’être en France, dans ces cas là, il faut imaginer une nouvelle couv.

Par exemple le titre « Detective Ritual »

Couverture japonaise :

Couverture française :

Ensuite vient le contrôle, envoi à l’imprimeur, déplacement en usine parfois pour voir si tout se passe bien.
Suivi de livraison, vérifier qu’il y en a suffisamment de livres en stock à la bonne date…

Et a coté de ça, on fait des communiqués de presse, des objets promo, des affiches, des pubs ici et là… Sans parler de l’organisation des salons !

Et en 15 minutes, c’est lu, debout à la Fnac devant les rayons et reposé sur place. C’est la vie !

Il y a un truc que je peux vous dire : sur tous les employés de Pika, il n’y en a pas beaucoup qui en rentrant chez eux lisent un manga pour se détendre (allez, je vous rassure, il y en a quand même !)…
Alors avant de vouloir faire de votre passion un métier, réfléchissez un peu, soyez sûr de votre coup.

Si je suis un fan de manga ?
Même pas en plus…

Pierre Sagory

En savoir plus :
Interview de Pierre Valls en 2001
(sur la photo, c’est Flo, la responsable éditoriale, toujours en poste, coucou Flo !)

Chroniques de Player One

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3 réflexions sur “Bosser dans le manga : un petit tour rapide chez PIKA

  1. Bonjour,
    merci pour ce beau récapitulatif réaliste sur le monde du travail. Et je comprends tout à fait qu’il ne faut pas confondre travail et passion. Personnellement, je me suis essayé il y a quelques années au scantrad (bouh ! Mais que de produits non licenciés en France) et je comprends ce que vous voulez dire quand on se démène sur un projet et qu’au final il est prit sans un merci, ou un achat dans votre cas.

    Pourtant ça ne me refroidit pas, j’ai adoré faire ça et j’aimerais vraiment pouvoir aider à la création d’oeuvre du début à la fin.
    Je travaille actuellement dans la téléphonie mobile, presque 13 ans que je suis en magasin et je rêve de me reconvertir pour quelque chose de plus utile. Seulement je ne sais absolument pas comment m’y prendre. J’ai pu voir que les profils étaient très variés et je le demandais si un diplôme est indispensable ou si le fait d’être plus que motivée et autodidacte peut être un atout suffisant pour intégrer une maison d’édition telle que PIKA.

    Certains article a l’air de dater un peut mais je tente tout de même de vous demander quelques conseils parce que vous semblez adorer ce métier.

    Encore merci pour votre article qui me conforte dans mon projet.

  2. Bonjour, je suis titulaire d’un master 2 contrôle Comptabilité Audit et je suis un passionné de manga, auriez-vous un poste à pourvoir ?

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