Détective à Bordeaux : entretien secret

Le métier de détective privé est encore méconnu et bon nombre de légendes urbaines gravitent autour de cette profession. Intrigués, nous avons tenté d’entrer en contact avec un professionnel du milieu pour lever le voile sur les pratiques actuelles. Un détective privé de la région bordelaise a finalement accepté de se prêter au jeu des questions réponses. Néanmoins, pour des questions de confidentialité, cet entretien s’est déroulé à visage masqué, à heure creuse, dans un petit café du centre ville de Bordeaux dont nous tairons bien évidemment le nom. 

Le saviez-vous ? Bien que le terme « détective privé » soit inscrit dans les mœurs, le terme officiel désignant la profession est celui d’enquêteur de droit privé depuis le 12 juillet 1983, date à laquelle une loi réglementant le secteur a été promulguée.

Entretien avec Hugo Petiot, détective privé

Et c’est Hugo Petiot de l’Agence HP Détectives que nous accueillons.

Que pouvez-vous nous dire sur votre métier de détective ?

Le métier de détective s’apparente à celui d’un chef d’orchestre ou chef de projet dans la mesure où ce dernier doit être multi-casquettes pour développer son activité. Mes activités sont ainsi composées de 25 % d’administratif, 25 % de commerce et 50 % de terrain. Pour ce qui est de ma cartographie clients, je suis le plus souvent mandaté par des entreprises mais le plus gros de mon chiffre d’affaires provient des particuliers.

Dans quels cas faisons-nous appel à vous ?

Les enquêteurs privés sont le véritable bras armé des avocats dans la gestion d’un dossier juridique. En effet, tandis que les avocats ont des pouvoirs limités et que les huissiers ont interdiction de mener leurs propres enquêtes, les détectives sont quant à eux habilités à le faire. En règle général, le rapport d’un détective suffit à convaincre un juge dans 90% des cas. Faire appel à un détective privé, c’est avant tout faire appel à un professionnel du droit maniant avec dextérité les codes du travail, civil et pénal pour ne citer que les plus populaires. Contrairement aux idées reçues, l’improvisation n’existe quasiment pas ou très peu dans notre métier.

Justement, en parlant d’idées reçues, que pensez-vous de tous ces clichés qui entourent la profession ? Vous savez, le Sherlock avec sa loupe, sa pipe en bois et son flingue.

Les clichés ont la vie dure et une grande partie de la profession essaye de s’en détacher. Nous sommes avant tout des spécialistes du droit et faire de l’esbroufe n’est pas vraiment compatible ce besoin discrétion au quotidien pour nos clients. D’ailleurs, les sites internet des agences de détectives privés dans leur sobriété et leurs choix esthétiques ressemblent beaucoup à ceux des avocats et autres spécialistes du droit. Quant à porter une arme, le droit français nous l’interdit contrairement à nos collègues américains. Et puis cela ne nous serait d’aucune utilité pour mener l’enquête.

Avez-vous quelques exemples de situations particulièrement cocasses ?

Bien sûr. Un jour j’ai été mandaté par une société d’assurances pour surveiller une dame ayant touché 400 000 € de son assurance suite à un handicap lourd et théoriquement cloîtrée à domicile. Pour mener à bien cette affaire, nous nous sommes relayés à plusieurs. Dès les premiers jours de planque, nous avons surpris cette dame en train d’enfourcher son scooter, ce qui nous a pour le moins surpris par rapport à son état d’invalidité supposé. Après plusieurs filatures, nous avons démontré que cette personne se rendait à la plage tous les jours pour y faire sa petite baignade quotidienne. Cette affaire s’est finalement soldée à l’amiable et la fraudeuse présumée a finalement touché quatre fois moins que la somme initialement prévue, soit 100 000 €. Disons que nous l’avions filmé lors de ses déplacements et qu’elle boitait tout de même un peu, mais nous étions loin du handicap lourd. A ce titre, la société d’assurance a été plutôt généreuse car elle aurait très bien pu ne pas dédommager sa cliente du tout.

Quand vous dites que vous vous êtes relayés à plusieurs, vous voulez dire qu’il vous arrive de travailler avec d’autres détectives ?

Alors oui, il m’arrive de faire appel à d’autres collègues détectives de la région afin de mener une enquête dans de bonnes conditions, notamment quant il s’agit d’effectuer une filature. Nous nous partageons la somme à la fin de l’enquête. Il m’arrive également de faire appel à d’autres professionnels comme un informaticien par exemple pour répondre à des demandes particulières.

Un autre exemple d’enquête à nous confier ?

Celle-ci est pas mal. Une entreprise de BTP me contacte un jour pour s’assurer que l’arrêt de travail de l’un de ses employés est bien fondé. Arrivés devant le domicile du suspect, mes collègues et moi-même apercevons une paire de chaussures couvertes de plâtre sur le palier de la porte, ce qui éveille nos soupçons. Au final nous avons suivi le suspect, tractant une bétonneuse, et nous l’avons pris en flagrant délit sur le chantier d’une entreprise concurrente. Notre individu touchait la paye de deux emplois en n’en faisant qu’un seul ! L’employé fraudeur a finalement été licencié à l’amiable par son employeur qui souhaitait éviter d’entamer une procédure longue et coûteuse aux prud’hommes.

En parlant de procédure longue et coûteuse, combien de temps a duré votre enquête la plus courte ? Et la plus longue ?

Un jour j’ai déjà mené une enquête en 35 minutes ! Un record ! Mon enquête la plus longue s’est étalée sur 6 mois, mais pas à temps plein.

Une dernière enquête à nous raconter pour la route ?

J’ai eu l’occasion de prouver l’existence d’une entente déloyale entre une entreprise et son fournisseur. Qu’un fournisseur fasse une ristourne à l’un de ses clients les plus fidèles n’a rien d’anormal à première vue. Ce qui n’était pas normal en revanche était que ce client et son fournisseur étaient cousins ! Ainsi, le fournisseur écoulait ses matières premières à des prix bien plus élevés au concurrent direct de son cousin ! Les cousins fraudeurs ont finalement écopé d’importants dommages et intérêts à l’égard du concurrent honnête.

Quelques chiffres

Les détectives privés sont environ 800 en France. Ils sont environ 8 ou 9 à exercer dans la ville de Bordeaux. Un dossier se boucle en moyenne au bout d’une trentaine d’heures. Un détective privé touche en moyenne 60 à 120 € de l’heure, mais certains proposent des forfaits au bout d’un certain nombre d’heures.

Devenir détective privé

La profession de détective privé est très encadrée par la loi, et la carte professionnelle d’enquêteur de droit privé ne peut-être délivrée si la personne remplit les conditions suivantes :

  • Avoir suivi une formation spécialisée dans l’une des écoles agrégées à Nîmes, Mellin ou Montpellier.
  • Avoir un casier judiciaire vierge.
  • Ne pas cumuler l’activité d’enquêteur de droit privé avec celle d’une autre activité privée de sécurité.
  • Être agréé par le Conseil National des Activités Privées de Sécurité (CNAPS)
Le saviez-vous ? Un ancien policier peut se passer d’une formation spécialisée à condition de respecter un délai de carence d’une durée de 5 ans. Cette mesure permet de s’assurer que la personne concernée ne profitera pas de ses anciens réseaux pour mener l’enquête ; méthode qui serait non seulement déloyale mais surtout illégale.

Ressources

Alexandre Feynaud

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