L’expérience sonore du salon de thé

Qui a dit que les salons de thé, c’était un truc de mamies ? A proximité de la halle des Chartrons, La vie en Rose met de la couleur dans nos assiettes et dans nos oreilles. Retour sur un lieu qui redéfinit les frontières du zen.

C’est une belle matinée fraîche mais ensoleillée en ce 16 février. A onze heure, La vie en Rose nous ouvre ses portes, discrètement, alors que les travaux de l’appartement voisin menacent d’être trop bruyants. Grossière erreur ! Il suffit de pénétrer à l’intérieur du salon pour bannir le brouhaha du dehors.

A la recherche d’une atmosphère particulière

Malgré le faible volume de la radio, l’oreille attentive reconnaîtra quelques accords folk à la Dylan. Il faudra cependant un peu de concentration : il a beau ne pas y avoir beaucoup de monde, les discussions des quelques clients me parviennent sans difficulté et rivalisent avec la musique. Une poignée de secondes plus tard, on me propose de m’installer plus loin, près de la terrasse fermée, où deux individus attablés semblent être au coeur d’un échange intense. Pour y accéder, il faut passer par un couloir où les délices en préparation pour les clients de midi sont exposés au vu de tous – agréable introduction olfactive. Enfin, je m’assois à une petite table, proche du mur mitoyen de l’appartement en travaux. Le goût du risque.

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On laisse reposer les tartes faites maison pour le plus grand plaisir des clients du midi. CR Sylvain Lefol

A partir de cet instant démarre l’expérience sensorielle. Je m’étonne dans un premier temps du contraste avec l’extérieur : tout paraît feutré, jusqu’aux décors. Le son des ustensiles de cuisine forme une partition rythmant les allées et venues des serveuses. On distingue quelques bribes de mots : « tu as commencé Kierkegaard ? », « je l’ai vu sortir du cinéma à Paris! ». Non-sens pour celui qui en cherche, mais ce n’est pas important d’écouter. Tout arrive malgré moi : j’entends une femme, la quarantaine entamée, parler d’elle-même, de sa vie, de son histoire. Son interlocuteur paraît très attentif face à ce véritable récit. On pense que c’est une rencontre d’auteur avec son agent de publication, ou bien une interview, quoique le dialogue laisse penser qu’on est davantage dans l’écoute que dans la discussion. Le temps que mon thé arrive, il m’apparaît clairement que cette ambiance ne sera pas là pour me parasiter, mais, au contraire, pour m’accompagner lors de ma dégustation.

Une ambiance paisible et cosy

Le véritable plaisir de La vie en Rose ne réside pas dans le calme et le silence qu’on penserait trouver dans un salon de thé : entre les clients, la radio, le bruit de la vaisselle et le raclement des cuillères au fond des tasses de thé, nos oreilles sont sollicitées en permanence. C’est plutôt la grande surprise avec laquelle tous ces sons se mélangent pour produire une atmosphère paisible et détendue. Rien ne presse : qu’on vienne pour un thé ou pour goûter, il y a de quoi rester des heures pour profiter d’un espace de détente. Et c’est exactement ce que j’ai fait : curieux de prolonger cette facette auditive, j’ai décidé de rester jusqu’à midi passé pour déterminer si le côté cosy allait être entamé par le nombre d’arrivants.

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Avant l’arrivée des clients, le « rush », il est possible d’apprécier une matinée très calme dans le salon. CR Sylvain Lefol

En fonction de l’endroit où on est installé, la perception sonore évolue : la radio nous parvient à différents volumes. Les couples sont plus discrets que les tablées nombreuses. Chacun sait rester assez discret pour ne pas déranger son voisin. C’est la même sollicitude à chaque table, en fait : tout le monde paraît baisser la voix pour ne pas devenir le centre de l’attention, mais chacun s’entend sans s’écouter. Le tableau est captivant : même le son régulier de la perceuse du bâtiment voisin ne brise pas le fragile équilibre sonore dans lequel baigne le visiteur. Ce qui pourrait paraître surprenant, voire inacceptable dans un restaurant, par exemple, est tout à fait normal ici. Toutes ces différentes voix nous parviennent comme un choeur créent une véritable sensation d’épaisseur, de chaleur.

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Arrivée en masse aux alentours de midi. CR Sylvain Lefol

Ce qui devient captivant, c’est cette sensation qu’on devient témoin des conversations d’autrui, sans comprendre tout à fait quel est notre implication dedans. Des bribes perdues dans l’irrémédiable cacophonie de la vie d’un lieu où le secret n’existe pas. L’impression d’être enveloppé par les conversations prend le dessus.

Immersion réussie : on se souvient alors qu’on était venu pour boire le thé !

Si l’univers sonore de La vie en Rose vous intrigue, vous pouvez en avoir un petit aperçu :

 

La vie en Rose

Place du marché des Chartrons
8 rue Sicard
05 56 48 03 44

Sylvain Lefol

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