Cigarettes et bavardages, une histoire de proximité.

Dans une petite bourgade du Blayais, quelque 2000 habitants tentent de faire survivre leurs commerces de proximité qui ferment les uns après les autres. D’abord La Poste, puis le bar bistrot, les services sont-ils voués à disparaître, au même titre que les lieux de vie et d’échange ? Force est de constater que la chaleur des rencontres, et des discussions hippiques ne semble pas s’estomper…

Au son de la machine à café et de la caisse enregistreuse, des bruits de pas se confondent avec les discussions bruyantes des alentours. Ici, on parle surtout course de chevaux, est-ce que Vif printemps de Camargue va détrôner Schtroumpfette II durant la C2 R3 ?… Qui peut le dire. Le temps est maussade, le patron n’est pas confiant sur le chiffre du jour : « C’est chiant quand le ciel est gris, personne n’a envie de sortir de chez lui, surtout le week-end » affirme Frédéric Bouillant.

LA FIEVRE DU JEU

Son inquiétude risque de durer encore un long moment, car la pluie n’est pas près de s’arrêter. Forte heureusement, les courses ne sont pas la seule raison pour la clientèle de se déplacer dans ce bureau de tabac de province. Si l’étalage de sucreries et de jouets captive les enfants, les grands enfants s’intéressent quant à eux aux jeux de hasard. Du loto aux grattages, les joueurs sont nombreux, mais peu repartent avec une belle somme. Cécile confie que les gratteurs sont plus discrets que leurs camarades parieurs. Certains viennent plusieurs fois par jour pour parier sur les différentes courses, tout au long d’une journée. Joueuse également, les courses sont pour Cécile un passe-temps à côté de son activité de commerçante. Loin d’être addicts, Frédéric et Cécile y voient plutôt un moyen de payer leurs futures vacances, si la chance se présente.

Il est maintenant 15h15, l’heure de la grande course hebdomadaire, les joueurs ne sont pas venus nombreux en ce jour maussade (le patron avait raison). Visiblement, tout ne s’est pas passé comme prévu, le cheval n°16 a été disqualifié pour avoir galopé, les règles sont plutôt floues pour un débutant. Les paris tombent à l’eau, mais le moral reste fixe, l’après-midi ne fait que commencer.

Une multitude de produits dans un espace de 20m² ©Marc BRIAND


DISCUSSIONS ET RENCONTRES AU COMPTOIR

En parcourant les produits, un détail frappe, et il frappe fort ! Au-delà des traditionnels paquets, feuilles à rouler, on peut aussi trouver : des broyeurs, des feuilles longues, des tubes cartonnés, etc. Anodin à première vue, l’attirail de l’apprenti dealer est 100% légal, malgré l’interdiction du cannabis en France. Jamais indiscrets, Cécile et Frédéric ont appris à connaître et reconnaître les consommateurs. Généralement en difficulté professionnelle ou sociale, il n’y a pas de distinction de sexe ni d’âge jusqu’à la cinquantaine. Nos buralistes apparaissent comme des oreilles attentives, mais jamais complices. Le contact, l’écoute, la proximité figurent dans le top des raisons qui les ont poussés à ouvrir ce commerce.

Un échange court, une blague sur l’actualité, un calembour bancal et au suivant dans une franche rigolade. Friand de cet échange, la clientèle se fait de plus en plus importante à tel point que Frédéric et Cécile ont dû recruter. Ouvert six jours sur sept, de 7h30 à 19h30, il y a de quoi dormir debout, et pourtant il s’agit bien là du quotidien d’un commerce de proximité. On peut penser que toute la population de St Christoly de Blaye s’est mise à la cigarette, mais il n’en est rien.

Il y a de quoi bien s’occuper ©MarcBriand


UN VERITABLE TRAVAIL D’EQUIPE

La diversité, c’est la clé du succès pour un commerce comme celui-ci, être buraliste ne suffit plus il faut aussi être bijoutier, agent de caisse ou même banquier. S’il n’est pas question de faire des crédits à tour de bras, ou de se faire braquer pour une montre en or, l’objectif est de dépanner et de donner un coup de main. Pour ça, il faut multiplier les compétences, tandis que Cécile s’occupe des accessoires féminins, Frédéric tient la caisse et vice versa. Il affirme néanmoins ne pas vendre les sacs à main, aussi bien que sa dame. Évidemment, en tant que néophyte il y a de quoi y perdre la tête en moins de deux, pourtant l’organisation est rodée.

Acteur au sein de l’association des commerçants, il n’y a pas de place pour la rivalité entre collègues ni le temps d’ailleurs. Plombier, coiffeuse, boulanger, boucher, tous ont répondu présents à l’appel, pour le bien de leur bourg. “L’association sert à organiser des événements ou des spectacles dans la commune, comme on a une salle toute neuve, ce serait dommage de ne pas en profiter” explique Cécile. Au rythme d’une réunion par mois, autour d’un bon repas, les idées fusent au rythme des crissements des couverts. Bien que tout ne soit pas réalisable, l’association s’active sans relâche et semble prête à accueillir un nouvel événement.

Marc BRIAND

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