Sextoys Story : Témoignage à langue déliée

À 50m de l’arrêt de tram Musée d’Aquitaine, on peut apercevoir l’enseigne d’un des plus vieux Sexshop de Bordeaux qui illumine le trottoir de sa lueur rose. Qui fréquente ces lieux ? Que se cache-t-il derrière la porte de ces endroits mystérieux où se mêlent curiosité, envie et gêne ? Nous sommes allés à la rencontre de Jacques, célèbre petit canard, qui a une longue carrière derrière lui et des anecdotes à vous faire vibrer le bec lorsqu’il vous en parle.
« Ça va bientôt faire 7 ans, qu’en plein cœur de Bordeaux, j’observe les allers et venues au Sexshop Désir « , témoigne Jacques, véritable icône du plaisir.

 

« Aussi bizarre que ça puisse paraître, on ne fait pas ce métier par vocation. On tombe dessus par hasard. » explique Jacques. « J’ai commencé par travailler dans les loisirs aquatiques, d’abord dans les étangs puis j’ai évolué dans les salles de bains. Je me la coulais douce, je barbotais paisiblement mais ma vie manquait d’entrain. J’ai toujours eu une particularité physique qui, je ne vous le cache pas, ne laisse pas les femmes indifférentes. Mon bec vibre lorsque l’on m’appuie sur la tête, j’ai donc toujours eu une place au chaud grâce à ce don.

Jamais je n’aurais pensé à utiliser cette prédisposition à des fins lucratives, mais après avoir rencontré Olivier, vendeur au Sexshop Désir, j’ai sauté sur l’occasion d’allier travail et plaisir et j’ai intégré l’armoire déjà bien remplie du sexshop bordelais. » explique le petit canard.

Jacques, le canard vibrant, intègre le choix de sextoys de la boutique.

Casser les tabous

« Les gens viennent ici pour se faire plaisir et très vite on a ce métier dans la peau. Certes, au début on prend ses marques. C’est pas tous les jours rose, enfin si, mais disons qu’il y a de quoi être mal à l’aise à être enfermé de 11h30 à 2h30 avec des pénis en silicone à côté de soi. Avec le temps, on apprécie les rencontres, on les aide à prendre leur pied et ils finissent par adopter un peu de plaisir. » raconte Jacques.

Pour travailler dans un sex shop, il faut du bagou car le sexe reste un sujet tabou pour la plupart des gens. D’ailleurs la majorité des clients vient la nuit lorsque les rues sont vides et les regards moins nombreux. Alors, lorsque certains passent le pas de la porte, il faut les mettre à l’aise sans les brusquer, les conseiller sans les gêner.

 « C’est une véritable école de la vie car l’on apprend des choses sur les autres et sur soi-même. Dans notre métier on pénètre l’intimité des clients (sans mauvais jeu de mot).  Les gens qui s’arrêtent devant ma vitrine, qui hésitent entre moi et les autres objets viennent également sans en avoir conscience à la recherche d’un psychologue, sexologue ou encore un conseiller matrimonial. C’est au travers de questions toutes bêtes, de réactions, de regards que l’on peut bien percevoir les désirs d’un.e client.e qui n’ose pas le dire explicitement. » explique le petit canard vibrant.

Mais avec mes collègues, nous avons remarqué que les femmes généralement sont plus libérées en matière de sexe, elles expriment plus facilement leurs désirs et sont, bien souvent, moins gênées que la gente masculine. »  

Le succès du sextoy

Vous avez pu constater que lorsqu’on parle d’objet sexuel on pense bien évidement à notre ami Jacques. Son regard ingénu et son petit bec frétillant, font de lui l’accessoire le plus innocent du monde. Et pourtant c’est l’icône du plaisir, une véritable égérie des sexshops du monde.

« Il faut dire qu’avec ma gueule angélique je passe partout, je suis un accessoire mignon, abordable et surtout agréable. J’ai gagné en popularité à une vitesse folle ! J’étais constamment en déplacement, toujours chez les uns ou chez les autres. Il faut dire que je suis tout public, je n’ai pas le corps robuste et veineux de mes collègues mais c’est ça qui fait de moi la star que je suis aujourd’hui. 

Au bout de quelques mois, j’ai subi le contrecoup de la célébrité. J’ai senti que j’arrivais à court de batterie et ne pouvant satisfaire toutes mes clientes, j’ai proposé à mes proches de me rejoindre dans le business du plaisir. Depuis la diversité est à l’honneur, et aujourd’hui on trouve des canards vibrants de tous les horizons et de toutes les couleurs. » conclu-t-il.

Jacques, entouré de ses amis et quelques membres de sa famille venus le rejoindre à Bordeaux pour travailler.

Les tendances du sexe

Le sexe est une notion universelle, qui n’a pas d’âge ni langage. Jacques et Olivier, le vendeur, peuvent se rendre compte des habitudes et tendances des clients. Les gens trouvent leurs fantasmes dans ce qu’ils voient sur internet, ce qu’on leur diffuse à la télévision. Les médias et l’industrie du cinéma influencent considérablement les tendances sexuelles.

« Nous avons des clients de 18 à 84 ans qui viennent régulièrement ici pour acheter des sextoys ou visionner des films pornographiques dans notre petite salle vidéo.  Par exemple, le stock de menottes et de cravaches fut écoulé la semaine de la sortie du film « 50 nuances de Grey » qui montrait des scènes explicitement sadomasochistes. Les jeux de rôles pimentent souvent la vie de des couples. J’ai même eu à me déguiser en personnage de fiction quelques fois pour répondre aux fantasmes de ces dames qui regardent trop la télévision ! »

Jaques, à gauche, avec ses collègues en déguisements coquins !

Les nouvelles technologies font évoluer notre manière de concevoir et consommer notre sexualité. Les objets sexuels connectés en Bluetooth au smartphone sont de plus en plus prisés. Les casques à réalité virtuelle sont évidemment de la partie et c’est surement la tendance qui va bouleverser l’industrie pornographique. Les sexshops qui ne seront pas équipés en nouvelles technologies sont voués à disparaître.

La tendance est à la réalité virtuelle dans la pornographie. Photo d’illustration.La tendance est à la réalité virtuelle dans la pornographie. Photo d’illustration

« De nos jours, les gens sont tellement accrochés à leur portable que s’ils pouvaient coucher avec ils le feraient. Je les vois dans mon étagère à se vanter d’être sans fil, performants, etc, mais ils n’ont pas mon expérience ! Après, je pense qu’il est temps de laisser la place aux jeunes dans ce métier, ma carrière restera tout de même dans les annales. » répond Jacques, amusé.

Les godes à travers le globe

Si le sexe est universel, il n’en possède pas moins des cultures diverses. Chaque région du monde a des pratiques plus courantes que d’autres, des spécialités, une autre approche de la sexualité et des libertés et proscriptions différentes. « Dans ma vitrine, j’ai eu l’occasion de discuter avec les autres objets et certains viennent de loin. J’ai parlé à des godes qui ont fait le tour du globe. Une libanaise a par exemple acheté un stock conséquent d’objets sexuels car « il n’y en a pas des comme ça dans mon pays » disait-elle.  » raconte Jacques.

« Bien souvent, les gens s’arrêtent par curiosité, comme s’ils visitaient un musée et ses œuvres. Beaucoup de touristes s’arrêtent naturellement pour voir ce qui se fait ailleurs. On pourrait être une succursale du Musée d’Aquitaine ! »

Le coté noir d’un sexshop

Tout n’est pas rose dans un sexshop. Les déviances y sont monnaie courante. « Nous devons faire face au côté obscur de notre métier. Les pervers, les drogués et les voyeurs sont bien souvent attirés par ce genre de lieu. Les sexshops sont souvent associés à tort aux réseaux proxénètes ou de stupéfiants et malheureusement certains de nos concurrents leurs donnent raison. Alors oui, il y a parfois des gens qui rentrent ivres dans nos magasins en sortie de boites pour voler, insulter, ou encore qui viennent pour de la drogue et des prostituées mais nous dirigeons toujours cette clientèle vers la sortie. Les gens s’imaginent qu’avec notre néon rouge qui clignote, on serait assez fou pour avoir un comportement illégal ! La police passe presque une fois par semaine donc évidemment, ce genre de service vous ne le trouverez pas chez nous. » s’égosille le petit canard.

Maeldan Delpy

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